I. Introduction – Des milieux industriels au cœur du risque
Les carrières, cimenteries et centrales à béton forment la base de toute la filière du BTP. Ces sites, essentiels à la production de matériaux de construction, concentrent cependant de nombreux risques professionnels : poussières, bruit, manutentions, engins, produits chimiques, chaleur…
D’après les données de la CARSAT et de l’INRS, le taux de fréquence des accidents du travail y dépasse régulièrement la moyenne industrielle, notamment dans les carrières où les manutentions et la circulation d’engins sont en cause dans près d’un accident sur trois.
II. Les carrières de granulats : extraction et risques multiples
Activités et environnement
Les carrières produisent des granulats par extraction, concassage, criblage et transport. Les opérations se déroulent en extérieur, souvent avec une coactivité importante entre engins et piétons.
Principaux risques
- Mécaniques : chutes de hauteur, heurts, écrasements par engins
- Physiques : bruit jusqu’à 110 dB(A), vibrations main-bras et corps entier
- Chimiques : inhalation de poussières de silice cristalline (classée cancérogène)
- Circulation : coactivité engins/piétons, basculement d’engins
L’INRS estime qu’un salarié exposé à la silice cristalline sans protection adaptée risque, à long terme, des affections pulmonaires irréversibles (silicose, bronchites chroniques).
Mesures de prévention
EPC (Équipements de Protection Collective) :
- Arrosage des pistes et convoyeurs pour limiter les poussières
- Captation des émissions à la source
- Signalisation des voies de circulation
- Garde-corps et délimitation des zones de travail en hauteur
EPI (Équipements de Protection Individuelle) :
- Casque EN 397
- Masque FFP3 EN 149 (pour la silice)
- Lunettes EN 166
- Chaussures S3 EN ISO 20345
- Bouchons d’oreilles EN 352

III. Les cimenteries : la chimie à haute température
Processus industriel
Le ciment provient du chauffage de calcaire et d’argile à plus de 1 400 °C pour créer le clinker, puis broyé avec du gypse et des additifs. Ces installations combinent des dangers thermiques, chimiques et mécaniques.
Risques spécifiques
- Chimiques : exposition à la poussière de clinker, à la silice cristalline, aux alcalins et oxydes de calcium
- Thermiques : chaleur rayonnante des fours et brûlures
- Physiques : bruit élevé (jusqu’à 105 dB(A)), manutentions lourdes, vibrations
- Incendie et explosion : liées aux combustibles alternatifs et aux poussières combustibles
L’INRS (ED 6264) rappelle que la silice cristalline inhalée provoque, outre la silicose, une augmentation du risque de cancer pulmonaire. La VLEP réglementaire est de 0,1 mg/m³ (8 h).
Mesures de prévention
EPC (Équipements de Protection Collective) :
- Confinement des installations et ventilation localisée
- Aspiration à la source et filtration des gaz
- Détection automatique d’incendie
EPI (Équipements de Protection Individuelle) :
- Masques FFP3 ou demi-masques à cartouches P3
- Gants chimiques EN 374
- Lunettes/visières EN 166
- Vêtements ignifugés EN ISO 11612
- Casques antibruit EN 352
Bonnes pratiques :
- Contrôles réguliers de la VLEP
- Nettoyage humide, jamais à sec
- Consignation stricte avant maintenance

IV. Les centrales à béton : un environnement confiné et dynamique
Processus et risques
Les centrales dosent, malaxent et livrent des bétons prêts à l’emploi, combinant manutentions, nettoyage, maintenance et exposition aux adjuvants chimiques.
Risques principaux
- Chimiques : ciment, adjuvants, huiles de décoffrage, agents acides
- Cutaneo-irritatifs : ciment à pH > 12 contenant chrome VI
- Physiques : bruit, chutes, manutentions
- Poussières fines lors du malaxage et nettoyage des silos
Selon l’INRS, près de 30 % des travailleurs du béton présentent des irritations cutanées liées au ciment.
Mesures de prévention
EPC (Équipements de Protection Collective) :
- Ventilation des silos et malaxeurs
- Captation des poussières sur les trémies
- Nettoyage humide et aspiration
- Stockage fermé des adjuvants
EPI (Équipements de Protection Individuelle) :
- Gants étanches EN 374 et manchettes
- Combinaison imperméable EN 14605
- Bottes S5 EN ISO 20345
- Lunettes/visière EN 166
- Masque FFP3 pour poussières sèches
Bonnes pratiques :
- Ne jamais laver les mains au solvant, préférer un savon doux
- Nettoyer immédiatement les éclaboussures
- Changer les gants en cas de percement
- Entretenir la ventilation et les filtres

V. Les bonnes pratiques transversales de prévention
1. Culture sécurité
Instaurer une culture partagée de la sécurité est essentiel. Les causeries sécurité, le retour d’expérience et les formations pratiques permettent de consolider les bons réflexes : port des EPI, signalement des anomalies, respect des procédures.
2. Formation et sensibilisation
L’OPPBTP recommande des sessions courtes, fréquentes, orientées gestes métiers : manutention, circulation, prévention des chutes et risques chimiques.
3. Coactivité et sous-traitance
Les interventions externes exigent un plan de prévention et une coordination HSE rigoureuse. Chaque intervenant doit connaître les risques locaux et les règles applicables.
4. Suivi des expositions
- Mise à jour du DUERP
- Traçabilité via fiches d’exposition et FDS
- Contrôles réguliers des niveaux de poussières et de bruit
VI. La médecine de prévention : un acteur clé
Cadre réglementaire
Les travailleurs exposés à la silice, au bruit supérieur à 85 dB(A) ou à des substances corrosives bénéficient d’un suivi individuel renforcé (SIR) selon le Code du travail.
Rôle du médecin du travail
- Visite médicale préalable à l’affectation
- Suivi régulier tous les 2 à 4 ans
- Examens additionnels : tests pulmonaires, audiométrie, imagerie, dermatologie
- Recommandations d’ajustements de poste ou de réorientation temporaire
Collaboration interprofessionnelle
Le médecin du travail travaille avec l’employeur, le CSE et le référent sécurité pour adapter les mesures de prévention et suivre les pathologies professionnelles (silicose, dermatoses, hypoacousie, etc.).
VII. Conclusion – Une vigilance collective et durable
Carrières, cimenteries et centrales à béton présentent des environnements variés mais des risques convergents : poussières, bruit, manutentions et produits chimiques. La prévention repose sur une approche intégrée :
- Technique : installations de contrôle collectif et équipements actualisés
- Individuelle : EPI appropriés et utilisation constante
- Organisationnelle : formation, organisation, surveillance médicale
La culture sécurité doit devenir un réflexe collectif, porté par la hiérarchie et soutenu par l’ensemble des ressources disponibles.



